Rencontre avec François Bourcier, metteur en scène et comédien. En marge de son spectacle Lettres de délation, il conduit des animations dans les classes de 3ème collège.
- François Bourcier, quel est votre parcours ?
Ma famille est lentilloise. Mais, j’ai fait toutes mes études à Paris : ENSAT, Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, stagiaire à la Comédie Française... J’ai travaillé avec Vittez, Mesguich. Joué aux Célestins avec Françoise Seignier, J’ai fait de la mise en scène, pour Jean-Claude Dreyfus, Sylvie Jolie, dirigé une troupe.
- Pourquoi un spectacle sur les lettres de délation ?
Sous l’occupation, 3 millions de lettres dénonçant des personnes, vivant dans le voisinage, ont été écrites par des gens ordinaires. J’essaie de faire comprendre, au public, le ressort qui les animait. Ces lettres étaient signées. Les délateurs se considéraient comme de bons citoyens faisant leurs devoirs. J’interprète plus de 50 personnages.
- D’où proviennent ces lettres ?
D’un livre, « Lettres de délation », écrit en 1976, par André Alimi. Il avait pu avoir accès à des archives des commissariats.
- Où jouez-vous ce spectacle ?
Partout en France, souvent en région stéphanoise. Egalement en Belgique, à Londres. Je compte même me rendre en Israël. Le 25 janvier dernier, pour le 65ème anniversaire de la libération des camps de la mort, j’ai joué à Paris devant des rescapés et leurs familles.
- Pourquoi des rencontres sur ce thème avec les classes de troisième ?
Pour essayer de leur faire comprendre, ce qu’est la délation, le danger qu’elle représente. Elle génère la peur, la méfiance. C’est une arme redoutable, toujours d’actualité. Un citoyen doit apprendre à réfléchir, écouter sa conscience, ne pas suivre aveuglément une consigne.
- Comment procédez-vous ?
Par jeux. D’abord pour définir, cerner le mot délation. Ensuite je leur demande de rédiger une lettre de délation.
- Et ?
Certains refusent, d’autres rendent une feuille blanche. Mais la majorité d’entre eux, joue le jeu. La lecture de ces lettres permet d’échanger, préciser.
Propos recueillis par Gérard Urbin