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On se trompe

// jeudi 14 janvier 2010 // par mens

Étienne Tête : « On se trompe en construisant l’A89 »

17 avril 2009 - Le Progrès.

Étienne Tête participait hier, à Roanne, à une réunion publique des Verts. L’occasion pour l’élu lyonnais de revenir sur le dossier de l’A89 et son recours retoqué par le Conseil d’État.

>> Pourquoi vous êtes-vous opposé à l’A89 ?

Il y a d’abord une question de fond sur cette autoroute. D’une manière générale, la décroissance de l’activité automobile est inéluctable. La voiture baisse en ville, sur les nationales, et pour la première fois sur les autoroutes en 2008, nonobstant le cours du pétrole. La baisse des activités est encore plus forte sur les transports de marchandises. La meilleure chose pour lutter contre les gaz à effets de serre, c’est de développer le transport collectif, et de ne pas faire de nouvelles autoroutes. On se trompe à faire ce projet qui traîne dans les tiroirs depuis 30 ans.

>> Rétrospectivement, comment percevez-vous le rejet par le Conseil d’État de votre recours, la semaine dernière ?

Je m’étonne du changement d’avis du commissaire du gouvernement, après l’intervention de Pascal Clément (député de la Loire, ndlr) auprès de l’Élysée. On doit croire à l’indépendance de la justice, mais cela relève de la foi alors qu’on aimerait des actes…

>> Quelles suites comptez-vous donner à ce dossier ?

Nous allons saisir la Cour européenne des droits de l’Homme, même si cela ne bloquera pas ce projet. La question juridique posée était de savoir si la loi faisait écran à tout débat devant le Conseil d’État : la réponse est non. Il est intéressant d’avoir l’angle du citoyen, puisque tous les Français payent cette autoroute, par la surtaxe mise en place sur tout le réseau ASF (Autoroute du sud de la France, concessionnaire de l’A89, ndlr). Pourtant, ASF a un rendement après impôts de 17 à 18 %.

>> Pensez-vous que l’avancée des travaux ait pesé sur la décision du Conseil d’État ?

Les travaux ont à peine commencé. Le Conseil d’État n’en parle pas d’ailleurs dans son arrêt. Il n’évoque pas le discours de Clément, sur le thème « ça va coûter des millions si on arrête » : c’était de la communication politique. Cela a pu jouer sur le psychisme des juges, c’est un autre problème : c’est un discours mensonger. Mais la vraie question, ce sont les plus de 2 000 expropriés, soit autant de bastions de résistance possibles.

>> À l’exception des Verts, tous les élus et décideurs économiques jugent l’A89 indispensable au développement du Roannais : vous comprenez cet argument ?

On l’entend, mais toutes les études ont montré que c’est l’inverse qui se passe. Quand on lie une grosse ville à une petite, cette dernière se vide. On l’a vu à Feurs, avec l’arrivée de l’A72. Une voirie rapide participe au déménagement du territoire. Cela favorise un emploi qui va de plus en plus loin.

Propos recueillis par David Blanchard