A propos du Mont Mercruy
Le mont Mercruy a-t-il une histoire ? Le point culminant de la commune de Lentilly (570 m) est-il le site d’une installation antique celte ou gallo-romaine.
Pour le spécialiste ou même l’amateur éclairé, le toponyme de « Mercruy ». est riche de sens. En effet, ne retrouve-t-on pas en filigrane le nom de Mercure ? Mercure, Dieu du panthéon romain, emprunté lui-même au panthéon grec, a été rapidement assimilé par les peuplades indigènes lors de la conquête romaine.
Perdant sa mission de dieu des voyageurs, des commerçants, des intermédiaires, des courtiers et même des carrefours chez les Romains, il devient, après sa « capture » par les Gaulois un dieu des sommets, des points culminants.
On retrouve de nombreux exemples de la place que tenait cette divinité dans les préoccupations religieuses des Gaulois : le mont Mercure en Auvergne, Mercurey en Bourgogne, et même le mont Martre, à Paris (Martre n’étant qu’une altération locale du nom de Mercure).
La coïncidence de nombreux facteurs présomptifs incite à s’intéresser à Mercruy : le toponyme, la situation culminante, la situation géographique de la région, carrefour privilégié des échanges de denrées, du passage des légions.
L’Histoire ancienne, plus que tout autre aspect des études historiques exige une présence " in situ ", sur le terrain. C’est l’observation « au ras du sol ». qui apporte les éléments les plus explicites. Prenons le chemin qui mène au sommet de Mercruy. Pour cette randonnée bien connue des Lentillois, nous suivrons les pas d’un observateur très fin et pertinent, F. Gabut, chef du contentieux à l’ancien.ne compagnie des Eaux de Lyon et qui, à la fin du XlXe siècle s’occupa des aqueducs de la région.
ll s’est intéressé à Mercruy et a laissé un article fort édifiant, intitulé : « Mercruy, station celtique et gallo-romaine » (Revue du Lyonnais -9 juin 1891).
Pour monter à Mercruy et suivre l’antique chemin, il faut délaisser le grand passage en creux qui file droit, face au promeneur. Emprunter le sentier qui oblique rapidement à gauche, ayant laissé à droite, derrière soi, le château de Malatray.
En suivant le chemin, à mi-hauteur, une plate-forme vise le nord ; c’est un rocher faisant saillie. La voie continue vers l’est et rencontre enfin le sentier qui descend du sommet. Il ne fait guère de doutes que ce sentier présente les caractères de ces voies de passage, empruntées dès les temps néolithiques et martelées par les pas des hommes depuis cinq mille ans. On rencontre les mêmes exemples en Italie ; les tratturi connus depuis des temps immémoriaux. On rencontre aussi cette physionomie sur les pentes du Mont Pilat, fréquenté par les Grecs de Phocée (l’antique Marseille). D’ailleurs les plans géométraux du Moyen Age signalent déjà ce passage. Or, les chemins connus au Moyen Age sont pour la, plupart des voies beaucoup plus anciennes.
Ayant scrupuleusement suivi les indications de Gabut, j’ai retrouvé absolument tous les repères, le 3 juin 1974 !
Le sommet de Mercruy est une surface d’érosion à végétation dégradée. La dégradation est l’œuvre du climat, mais aussi, semble-t-il, le résultat d’Un défrichement. Terrain de pâtures et bois d’œuvre pour les abris de bergers, jusqu’au début du XXe siècle ? Les deux, sans doute. Les observations de Gabut sur le sommet, sont plus difficiles à vérifier. La fréquentation de ces lieux par les promeneurs en a certainement modifié le visage. En particulier, on ne’ retrouve plus les tas de pierres circulaires, ces tumuli, dont il parle. Par contre, il est certain que le point culminant est parfaitement dessiné. C’est un plateau d’environ 20 m de diamètre, au-delà duquel se développe une auréole concentrique, à la lisière du taillis et formée de pierres sèches entassées.
Une fouille très sommaire m’a permis de constater que cette « construction ».semblait malgré des ruptures, auréoler le sommet. D’ailleurs, le pied de cette « muraille » est légèrement surcreusé et témoignerait éventuellement de la présence d’un vallum, fossé au pied des murs.
Enfin, sur le sommet, sur un emplacement formant plateau, il m’a été donné de trouver des tuiles à bords recourbés et fond plat. Cette forme, parfaitement inusitée actuellement, était couramment utilisée dans l’antiquité gallo-romaine pour couvrir les abris. J’ai retrouvé les mêmes au musée archéologique d’Alsace à Strasbourg.
Trop d’éléments viennent appuyer la thèse d’une’ installation d’un sanctuaire ou, plus simplement d’un autel à Mercure sur le mont Mercruy, pour que l’on ne soit pas troublé. Ne laissons pas l’imagination prendre le pas sur l’observation raisonnable et rigoureuse. Mais on ne peut s’empêcher de regretter qu’un chantier de fouilles ne soit pas venu plus tôt enrichir, peut-être, l’histoire de la séduisante commune de Lentilly, au passé déjà fort garni. Peut-être, tout cela n’est-il que supercherie de l’esprit ; en aurons-nous bientôt le cœur net ?
Sources :
Recherches effectuées par Patrick Dalmaz (1974)