Accueil du site > Vivre à Lentilly > Autoroute A89 > Fouilles archéologiques > Les vestiges d’un domaine rural

Les vestiges d’un domaine rural

// jeudi 14 janvier 2010 // par mens

Sur le tracé de l’A89, les vestiges d’un domaine rural gallo-romain

25 juin 2009 - Le Progrès.

Depuis avril (2009), des fouilles sont menées sur le tracé de l’A89, à Fleurieux. Une « villa » (comprenez, une ferme) vieille de 2 000 ans a été mise au jour, témoignage de l’histoire rurale du pays de L’Arbresle.

Les lignes à très haute tension grésillent. Dessous, courbés vers la terre, s’activent les hommes de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Le champ en friche a été mis à nu, retourné et creusé. C’est là, exactement, que le tracé de l’A89 passera. C’est là aussi que les sondages archéologiques commandés en mars 2008, par ASF dans le cadre du chantier de l’autoroute, ont révélé la présence d’un site datant de l’époque gallo-romaine (entre le Ier siècle avant Jésus-Christ et le IIe siècle après Jésus-Christ) avec la présence de tuiles romaines et de morceaux de céramiques.

« Lorsque nous avons soumis notre rapport, nous présentions la présence d’un grand mur d’enclos qui semblait déterminer une zone précise », se souvient Jean-Claude Ozanne, le coordinateur scientifique et technique des fouilles sur tout le tracé de l’A89. Ils ne s’y étaient pas trompés. Un an plus tard, le site recevait une prescription de fouille et l’équipe se mettait au travail. 5 000 m2 de terrain décapés plus tard, ils mettaient au jour, un domaine rural gallo-romain de plus de 2000 m2. Une « villa », comprenez une ferme, ou ce qu’il en reste après deux siècles de vie endormie, à 50 centimètres à peine de la surface. Impressionnant témoignage de ce qu’était la vie aux champs à moins de 25 kilomètres de la florissante Lugdunum. Les activités principales des habitants étaient essentiellement agricoles et les domaines ruraux produisaient en grande partie pour leurs propres besoins (nourriture, outils, ustensiles de cuisine, vaisselle…).

Sur le site de Fleurieux, on trouve un mur d’enceinte donc, épais, très épais. A l’intérieur, deux espaces. Le premier, dévolu à l’habitation avec des pièces plus ou moins grandes. Le second s’apparente fort à ce qui pouvait être un parc, en tout cas un lieu de circulation, ouvert. Il y a un puits, un système de canalisations ou d’adductions d’eaux usées et de pluies (la preuve de l’existence de thermes ?). Il faut imaginer l’endroit avec de la végétation et pourquoi pas des fontaines …

Pour le côté corps de logis, il faut encore plus d’imagination. Et les archéologues n’en manquent pas même s’ils ne peuvent dire pour l’heure exactement quelle pièce servait à quoi. En les suivant dans les dédales des soutènements, on découvre ici, des murs qui se croisent et d’autres repris au fil du temps. Là, un pan de toiture écroulée fait de « tégulas », pour certaines encore intactes sur lesquelles on distingue la marque du « fabricant » mais aussi l’emprunte d’animaux qui auraient pu marcher dessus alors qu’elles étaient en train de sécher au grand air à même le sol …

Sous les décombres des tuiles, les traces d’un foyer domestique. Le coin « cuisine » ? Possible. Tout comme le fait d’imaginer le travail de la terre ainsi qu’en témoignent les morceaux de céramiques cassés et dispersés. Surtout on pense à Vesta, la déesse protectrice de la maisonnée que les Romains vénéraient et associaient aux flammes… Un « beau » morceau d’une meule vient également d’être dégagé : ils s’en servaient pour moudre les céréales qui devaient pousser tout autour du domaine. Il devait aussi y avoir des animaux, selon Jean-Claude Ozanne, qui a vu dans les pièces les plus étroites des annexes. Les archéologues ont enfin mis à nu des fosses remplies de scories et de morceaux de poteries. En revanche, pas d’ossements et très peu de fer.

Dans quelques mois, les engins de chantier vont arriver et tasser le tout pour laisser place à l’autoroute. « Nous faisons de l’archéologie préventive, répète Jean-Claude Ozanne. Le but du jeu n’est pas de remplir un musée de morceaux de céramiques mais de compléter la carte régionale de l’archéologie. » Le 18 juillet, l’Inrap organise des portes ouvertes. Et le 9 août, l’équipe remballera ses outils.

Après la découverte, suite aux sondages effectués concernant l’autoroute A89, des fouilles d’un site gallo-romain, le responsable du patrimoine fleurinois, Bernard Charavet, exprime « une grosse surprise pour tout le monde » et en même temps, « une déception ». Il explique : « Une surprise, car personne ne s’attendait à cette découverte. Lors de la pose de la conduite de gaz qui traverse le site, aucun écho n’avait été fait sur le sujet. Les recherches se poursuivent actuellement jusqu’à fin août. À peine découvert, c’est de suite la déception, car le site va disparaître dès que les engins de l’autoroute vont entrer en action. Il n’y aura pas de modification du tracé défini. Le site découvert n’est pas connu et pas de comparartif dans la région puisqu’il est composé de pierres vertes de Fleurieux ».

Sa satisfaction : « En revanche, chose intéressante, dès la fin des fouilles, nous pourrons récupérer des pierres pour les utiliser dans la réhabilitation en cours du puits de Lévy, notamment pour la remise en état des murs du bassin ».

Tatiana Vazquez ; tvazquez@leprogres.fr ; Recueilli par J.L.

Voir en ligne : Inrap