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Les lentillois sous l’Ancien Régime

// samedi 26 décembre 2009 // par mens

Les rapports du lentillois avec ses semblables

Les bagarres sont fréquentes sous l’Ancien Régime. La violence est souvent une distraction de fête chômée. Un différend s’est élevé, en 1803, entre La Tour et Lentilly au sujet de la récente délimitation des communes. La Tour, ancienne dépendance de la juridiction de Lentilly, réclame quelques bonnes terres qui lui reviennent de droit. La délimitation des communes est un problème posé par l’abandon, après la Révolution des limites des anciennes paroisses. Là où les autorités compétentes hésitaient. les Tourelliens et Lentillois ne tergiversèrent pas : ils en vinrent aux mains ! Les deux camps se ruèrent sauvagement l’un contre l’autre en un lieu préalablement fixé. On laissa des blessés graves sur le terrain et on dit même que certains protagonistes en moururent.

La violence et la mort font partie du quotidien. Les épidémies, la malnutrition, l’absence d’hygiène emportent chaque année un fort pourcentage de population. La crise économique accompagnant la Révolution jette sur les routes bon nombre de chômeurs qui font vite cause commune avec les rôdeurs et les gueux, plaies des grandes routes, à cette époque. Voici quelques exemples relevés dans les registres tenus par le curé Estournel, ministre du culte à Lentilly, de 1785 à 1810 environ :

- « Un passant est trouvé mort sur le chemin et inhumé, ce jour, par moi... »
- « Un mendiant forain est trouvé mort au Grand Chemin »
- « Un enfant de 4 jours a été trouvé noyé dans une flache au milieu d’un pré ».
- « Une petite fille a été trouvée dans un fossé ».
- « Un militaire de l’armée de l’Ouest, allant en Italie a été trouvé mort dans un fossé ».
- « Une jeune fille de dix-huit ou vingt ans a été trouvée assommée et assassinée sur la route de Sain-Bel à Lyon par le Poirier et retrouvée dans un bois voisin ... »

Quelques Lentillois, enfin, ont combattu dans les rangs de la Grande Armée napoléonienne. Certains y ont trouvé la mort :

- Claude Bouchard du 6e d’infanterie légère est mort de maladie à Schmohler le 11 Mai 1807.
- Antoine Soupat, du même régiment meurt pendant la retraite de Guttstadt le 5 juin 1807.
- Pierre Sorlier décède de dysenterie, en Prusse, le 4 Septembre 1807.

A propos du curé Estournel, il faut remarquer qu’il est un témoin attentif et curieux des événements de son temps, mais... qu’il n’a point d’orthographe !
Ainsi, pour exprimer 55 ans, il écrit cinq cant saint ans, heunan, pour un an, âgé du nan, pour âgé d’un an !

L’orthographe des patronymes est très incertaine. Le patois côtoie les altérations provoquées par l’accent du terroir. C’est ainsi que Cozona devient Conzona, ou Cousonar, ou bien encore Cousonnas. Allagrole, sous la forme primitive très ancienne de A La Griola, devient Allagreule ou Allagrola. Gerbaud est le plus souvent Jarboud, qui est à l’évidence un patois.

Terminons par un aperçu des conditions météorologiques, relevées par le curé Estournel :

- 1785 : « La nuit du 11 au 12 Décembre, il est tombé 20 pouces de neige ».
- 1788 : « La. fin de l’année a été marquée par un froid rigoureux et continuel depuis le 10 Novembre. Les arbres ont été endommagés par le verglas dont la pesanteur a cassé les branches. Le 31 décembre, à La Chaux, le thermomètre est descendu à 16° 1/3 sous la glace ».
- 1789 : « Nous avions de grandes espérances pour l’amélioration de notre sort, mais jusqu’à ce jour, elles sont encore vaines. Le blé a valu jusqu’à 10 Francs. Le vin est rare et cher et de mauvaise qualité parce que les vignes ont été endommagées par le dernier hiver. Le commerce ne va point, les vivres sont chères, les lois sans vigueur et toutes les classes de la société dans la plus cruelle inquiétude ».

Le spectre de la Révolution, mais aussi de la crise économique se profile à Lentilly.

 

Sources :

- Ces quelques fragments sont extraits du mémoire de Patrick Dalmaz
« L’histoire économique et sociale de Lentilly -1770-1970 »