La civilisation agraire à Lentilly à la fin du XVIIIe siècle
Un ouvrage ne suffirait pas à traiter cette question tant l’ouverture de la commune aux progrès techniques a été précoce et tant les comportements de ses habitants ont été influencés par la proximité de la métropole lyonnaise.
A l’aide de quelques extraits d’une ample étude d’histoire économique et sociale, nous allons brosser un tableau rapide et, espérons-le, expressif, de la vie quotidienne à Lentilly, à la fin du XVIIIe siècle
1770 - 1780 : Le paysage
Le voyageur qui arrive à Lentilly vers 1770, venant de Lyon, emprunte le Grand Chemin, récemment ouvert. Large voie, bien pourvue en commerces et en auberges, elle reçoit le trafic de Lyon à Paris par le Bourbonnais.
Une dernière côte et le voyageur laisse derrière lui la Plaine du Lac, emplacement du Lac de Joncs, récemment asséché et mis en culture. Sur la gauche, le village de Lentilly s’offre aux regards et déjà le voyageur remarque combien sont différents le bourg aggloméré, d’une part et les hameaux satellites, d’autre part.
Au nord, un pôle d’attraction des activités est concentré autour du château de Cruzol. L’ensemble des constructions à caractère agricole, ont vers 1770, en commun une structure à cour carrée fermée. Deux grands corps de bâtiments se font face dans la cour : une maison d’habitation, avec un rez-de-chaussée fort insalubre, mal éclairé et peu aéré où demeure le personnel et un étage avec galerie sur cour, où demeurent les maîtres ou le ménage principal.
Le second corps de bâtiments est formé par un hangar à matériel, entrecoupé de loges pour la basse-cour ou les clapiers. Les riches exploitants possèdent, en plus, le puits, le four et le pigeonnier d’angle. A l’extérieur, le seul (emplacement de la meule de foin ou du fumier), et le jardin potager sont contigus aux bâtiments.
Les activités - Les travaux et les jours
Les unités de mesure
Elles représentent l’homme à son travail. Elles revêtent un caractère pittoresque. Ainsi, « Deux ouvrées de vigne n, c’est la contenance de deux fois l’étendue d’une vigne qu’un homme peut piocher dans une journée de travail ; « Trois hommées de terre » , c’est trois fois l’étendue d’une terre qu’un homme peut travailler en un jour ; « Quatre asnées de blé ou de vin » , c’est quatre fois ce qu’un âne peut transporter.
Les contenances sont exprimées en mesures de Lyon : la plus grande unité de mesure est la Bicherée de 12 a 93 ca.
Certaines parcelles sont fragmentées à l’extrême. Ainsi, on trouve dans les documents cadastraux des surfaces de 6 bicherées 1/8 ou bien de 2 asnées 1/12 !
Observations sur la conjoncture
La Direction Générale des prix et des subsistances, dépendant du Ministère de l’Intérieur déclare le 28 Brumaire an IV (1795) que tous les directoires de département fourniront des mercuriales comportant des tableaux de denrées prix, quantités et causes des variations. Voici quelques résultats concernant le canton de l’Arbresle :
An IV : « Il n’y a point de marchés, ni de grenettes (marché aux grains), dans toutes les communes formant le canton. n
AnVI : « Floréal : C’est la sécheresse, l’avoine augmente n. Prair.ial : « Les’ paysans n’ont pas voulu apporter au marché le jour de la Fête-Dieu n. Prairial : « Les paysans ne viennent pas les dimanches et fêtes de l’ancien régime n. Thermidor : « Les prix baissent. Les récoltes sont abondantes ».
Il est intéressant de constater cette fidélité aux dates chômées de l’Ancien Régime. Il est non moins surprenant de constater, qu’à Lentilly, le terme Ancien Régime apparait déjà en 1795.
An VII : Pluviose : « Les chemins sont mauvais, c’est la crise ».
Le prix du pain à Lentilly
« Le prix du pain est fixé à 12 deniers la livre pour le pain ordinaire, dit pain bis, et à 21 deniers pour la miche. Il y a trente livres d’amende pour Donjon, le boulanger, s’il excède ces prix ».
Le pain n’est pas cher. Environ 1/20 de la journée d’un maçon. En revanche, l’amende est lourde : 30 journées d’un maçon.
L’homme et son environnement
La nourriture
Le boucher est installé à Lentilly, en 1778, date de notre document : c’est Fr. Julien. Donjon, le boulanger, montre, par sa présence, que tous ne font pas leur pain. On trouvait aussi subsistance chez les nombreux aubergistes et cabaretiers. Le cabaretier est uniquement débitant de boissons, tandis que l’aubergiste peut héberger hommes et voitures. Les cabaretiers ont nom, entre autres : Benoit Bouchard, au Grand Chemin ; François Dard, dans l’enceinte du château ; Benoit Félix, au bourg, à l’enseigne de St-Félix.
Un minuscule feuillet, découvert au hasard des documents consultés, livre à travers le temps, la recette d’une des bases de l’alimentation de l’Ancien Régime : la soupe de céréales.
La voici :
« L’avoine passée au four à chaud en de la grouée bien menue. On en extrait la paille. Dans un gros tamis, après l’avoir sortie du moulin, damidoner un cart de cette farine fait une bonne soupe d’une grande écuelle ».
Sources :
Ces quelques fragments sont extraits du mémoire de Patrick Dalmaz
« L’histoire économique et sociale de Lentilly -1770-1970 »