Dans la traversée de Lentilly, longue de 5 km, son parcours est assez bien connu, bien qu’il soit encore imprécis dans certaines zones sensibles.
Le tracé
Arrivant de Sourcieux, juste au-dessus de l’entreprise "L’Européenne", aux Landes, à l’altitude 405, il a été détruit sur plus de 100 m lors du creusement de la tranchée où passe la route de Sain-Bel (D7). Suivant toujours les courbes de niveau, il passe ensuite au lieu-dit "La Sarrazine", puis dans le lotissement du Guéret. Dans cette zone, à un endroit inconnu, se trouve ce que les spécialistes appellent une chute, c’est-à-dire une section dans laquelle, par des dispositifs divers, l’altitude diminue très rapidement, sur une faible longueur. Ici la perte d’altitude est de 40 mètres. Les traces de l’aqueduc réapparaissent dans le hameau de La Rivoire, dans une cave près du chemin de la Boucle, dont il emprunte le tracé jusqu’à la nouvelle route (D70). La pente est à nouveau très faible, de l’ordre d’un millimètre par mètre. De là, il passe à droite, puis à gauche du chemin de Montcher, restant à l’altitude de 360 m environ, et traversant le chemin de la Chaux. Après un passage dans les vergers en dessous du chemin de Montcher, il recoupe ce dernier au niveau d’une maison ancienne, le suit sur quelques mètres dans le fossé Sud, et obliquant brusquement à gauche, descend brusquement à travers les prés, dans une chute de 30 m dont l’emplacement exact reste à trouver. Ayant repris sa pente normale, il traverse le chemin du Bois-Seigneur. A l’époque où il était en service on pouvait alors le voir sortir peu à peu de terre porté par un mur, obliquant vers l’Est après la traversée de l’actuel chemin du Charpenay. A un certain moment, le mur était remplacé par des arches de plus en plus hautes supportant le canal, dispositif nécessaire pour traverser la dépression, et ce, jusqu’à la limite de La Tour-de-Salvagny. Les auteurs les plus récents estiment qu’il y avait à cet endroit, sur plus d’un kilomètre, environ 250 arches, pouvant atteindre à certains endroits 8 à 9 mètres de hauteur, 14 avec le canal et sa voûte.
La structure
Dans son parcours souterrain, l’aqueduc est constitué d’un soubassement épais sur lequel on a construit deux murs, sur lesquels repose une voûte, elle-même recouverte d’une couche plus ou moins épaisse de terre. Dans la traversée de notre commune, la hauteur totale de la galerie est d’environ 1,65 m, sa largeur de 80 cm. La moitié inférieure des murs latéraux, et le fond de la galerie sont recouverts d’un béton étanche, appelé tuileau, résultant d’un mélange de chaux et de morceaux de brique plus ou moins fins, et de couleur caractéristique. Dans les parties aériennes, le canal comporte les mêmes éléments, supportés par un mur plein ou des arches. Enfin on ne sait rien de sa structure dans les parties en forte pente, les chutes.
Les vestiges visibles
De ce magnifique ouvrage, il ne reste malheureusement pratiquement rien de visible. On peut seulement citer quelques endroits où on en aperçoit des lambeaux, constitués par des restes du radier (le fond du canal) ou encore du revêtement des murs latéraux. C’est à leur couleur rougeâtre qu’on les distingue de leur environnement, à condition que les conditions soient favorables, c’est-à-dire que les talus soient fauchés récemment, et les fossés curés avec soin. Dans le fossé Est du chemin de la Chaux, quelques mètres avant le carrefour avec le chemin de Montcher, au coin d’un mur de clôture, on voit parfois un morceau du radier. Chemin de Montcher, dans le fossé Sud, peu après la maison au No 73, la paroi est constituée sur plusieurs mètres par la face interne d’un mur de l’aqueduc. Enfin, chemin du Bois-Seigneur, 150 m avant l’embranchement marqué par un grand chêne, dans un léger virage, on voit dans le talus Nord les restes de la maçonnerie soutenant l’aqueduc.
Les fouilles
De nombreux chercheurs se sont intéressés à l’aqueduc sur notre commune, depuis le XVIIIe siècle et encore de nos jours. Citons Delorme (XVIIIe) , Gabut (fin XIXe), Germain de Montauzan (début XXè) , Jeancolas (vers 1960/1980) J. Burdy (depuis 1970 environ), Damien Gerboud (depuis 1990 environ). En 1999, un étudiant en archéologie, Jérôme Fage, a effectué des fouilles au lieu-dit "En Roi", dans le but d’étudier la chute existant dans les parages, malheureusement sans net succès. La plupart des découvertes récentes sont liées à des destructions : creusement de la tranchée de la D7, établissement de la zone industrielle du Charpenay, construction de maisons individuelles (le Guéret, la Rivoire), adduction d’eau. Si ces travaux ont permis d’engranger des renseignements sur tracé et structure de l’aqueduc, ils ont aussi détruit irrémédiablement une partie de notre patrimoine. Depuis une dizaine d’années, les travaux susceptibles d’endommager l’aqueduc sont normalement précédés de sondages effectués par un organisme officiel. Il serait cependant souhaitable qu’une protection soit mise en place rapidement.
Sources :
Burdy (Jean) - Guide des Aqueducs Romains de Lyon - Éd. Lyon. d’Art et d’Histoire, 1999
Burdy (Jean) - Préinvent. des monuments et richesses artistiques - Aqueduc romain de la Brevenne
Les Vieilles Pierres Lentilloises
Date de rédaction antérieure : 26 décembre 2009 - Maj. le 6 août 2011


